La sourate Yusuf (Joseph), la 12e sourate du Coran, est la seule qui raconte l'histoire complète d'un prophète de manière continue. Elle se distingue par une structure littéraire d'une symétrie exceptionnelle, mise en évidence par les chercheurs modernes en analyse littéraire coranique.
« Nous allons te raconter le plus beau des récits, grâce à la révélation que Nous te faisons dans ce Coran. » (12:3)
La structure en anneau (ring composition)
Les chercheurs en études coraniques, notamment Raymond Farrin et Michel Cuypers, ont mis en évidence que la sourate Yusuf est organisée selon une structure en anneau ou « chiasme » : les thèmes se répondent en miroir autour d'un centre. Cette structure concentrique est une caractéristique des textes littéraires les plus élaborés de l'Antiquité.
La sourate s'ouvre et se ferme sur le thème du rêve et de son interprétation : le rêve de Joseph (12:4) au début, et l'interprétation du rêve du roi à la fin (12:100). Le centre de la sourate (12:53-54) marque le tournant où Joseph est innocenté et élevé en dignité. Chaque épisode — la jalousie des frères, la tentative de séduction, la prison, l'interprétation des rêves — trouve son écho symétrique dans la seconde moitié du récit.
Le choix du mot « roi » au lieu de « pharaon »
Un détail historique remarquable distingue le récit coranique de Joseph de celui de Moïse. Dans la sourate Yusuf, le souverain d'Égypte est systématiquement désigné par le terme arabe al-malik (الملك), « le roi ». En revanche, dans les sourates relatant l'histoire de Moïse, le souverain est appelé fir'awn (فرعون), « Pharaon ».
Cette distinction, qui a pu sembler anodine, s'est révélée historiquement exacte. L'égyptologie moderne a établi que le titre de « pharaon » (per-aa, « grande maison ») n'était utilisé pour désigner le roi d'Égypte qu'à partir de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire, vers 1550 av. J.-C.). Or, le récit de Joseph se situe probablement à l'époque des Hyksôs (XVIIe-XVIe siècles av. J.-C.) ou du Moyen Empire, période où le souverain portait le titre de « roi » et non celui de « pharaon ».
Le Coran, révélé au VIIe siècle, utilise donc avec une précision remarquable le titre correct pour chaque époque : « roi » pour l'époque de Joseph, « pharaon » pour l'époque de Moïse. Cette exactitude historique, impossible à connaître dans l'Arabie du VIIe siècle, constitue un témoignage de l'authenticité du récit coranique.
La comparaison avec le récit biblique
Le récit de Joseph dans la Bible (Genèse 37-50) est plus long et comporte des épisodes que le Coran omet ou reformule. Le Coran se concentre sur les leçons spirituelles et morales, tandis que la Bible inclut davantage de détails généalogiques et administratifs. La structure en anneau de la version coranique, avec sa symétrie parfaite, témoigne d'une composition littéraire d'une grande sophistication.