Dans la sourate Al-Hajj (22:47), le Coran déclare : « Un jour auprès de ton Seigneur équivaut à mille ans de votre calcul » (وَإِنَّ يَوْمًا عِندَ رَبِّكَ كَأَلْفِ سَنَةٍ مِّمَّا تَعُدُّونَ). Cette affirmation, qui évoque une dilatation du temps, a longtemps été considérée comme métaphorique. La physique moderne a révélé que le temps est effectivement relatif et peut se dilater selon la vitesse et la gravité.
Le Coran mentionne également cette relativité dans d'autres versets : « Il gouverne l'ordre du ciel et de la terre ; puis tout remonte vers Lui en un jour dont la durée est de mille ans selon votre calcul » (32:5) et « Les Anges ainsi que l'Esprit montent vers Lui en un jour dont la durée est de cinquante mille ans » (70:4).
Le contexte historique
Au VIIe siècle, le temps était considéré comme absolu et uniforme, une conception héritée d'Aristote et qui prévaudra jusqu'à Newton. Personne n'imaginait que le temps pouvait s'écouler différemment selon le référentiel.
Cette conception du temps absolu a dominé la physique pendant des siècles. Isaac Newton écrivait en 1687 : « Le temps absolu, vrai et mathématique, s'écoule uniformément par lui-même et par sa propre nature, sans relation à rien d'extérieur. »
La théorie de la relativité restreinte (1905)
En 1905, Albert Einstein a publié sa théorie de la relativité restreinte, qui a bouleversé notre compréhension du temps. Ses deux postulats fondamentaux sont :
- Les lois de la physique sont les mêmes dans tous les référentiels inertiels.
- La vitesse de la lumière dans le vide est constante et indépendante du mouvement de la source.
De ces postulats découle une conséquence surprenante : le temps n'est pas absolu mais relatif. Deux observateurs en mouvement relatif mesurent des durées différentes pour le même événement. Ce phénomène, appelé dilatation du temps, a été confirmé expérimentalement à de nombreuses reprises.
La formule de la dilatation du temps est : Δt' = Δt / √(1 - v²/c²), où v est la vitesse relative et c la vitesse de la lumière. Plus la vitesse se rapproche de celle de la lumière, plus le temps ralentit pour l'observateur en mouvement.
La théorie de la relativité générale (1915)
En 1915, Einstein a généralisé sa théorie pour inclure la gravité. La relativité générale montre que la gravité déforme l'espace-temps : plus le champ gravitationnel est intense, plus le temps s'écoule lentement. Ce phénomène, appelé dilatation gravitationnelle du temps, a été confirmé par de nombreuses expériences.
Par exemple, les horloges atomiques situées au niveau de la mer (dans un champ gravitationnel plus intense) avancent légèrement plus lentement que celles situées en altitude. Le système GPS doit constamment corriger cet effet pour fournir des positions précises.
Les confirmations expérimentales
La dilatation du temps a été confirmée par de nombreuses expériences :
- 1938 : Ives et Stilwell confirment la dilatation du temps pour des particules en mouvement rapide.
- 1971 : Hafele et Keating font voler des horloges atomiques autour du monde dans des avions ; elles accusent un retard conforme aux prédictions de la relativité.
- 1977 : Les muons cosmiques, particules instables créées dans la haute atmosphère, atteignent la surface de la Terre alors que leur durée de vie à vitesse lente ne le permettrait pas — preuve directe de la dilatation du temps.
- Depuis les années 1990 : Le système GPS corrige quotidiennement les effets de la relativité restreinte et générale.
Le temps dans le Coran
Le Coran évoque la relativité du temps à plusieurs reprises, avec des échelles différentes :
- « Un jour équivaut à mille ans » (22:47, 32:5) : une dilatation d'un facteur 365 000.
- « Un jour équivaut à cinquante mille ans » (70:4) : une dilatation d'un facteur 18 250 000.
- Le Jour du Jugement : « Le jour où ils verront ce qui leur était promis, il leur semblera n'avoir demeuré qu'une heure d'un jour » (46:35).
- Les gens de la Caverne : « Or, ils demeurèrent dans leur caverne trois cents ans et en ajoutèrent neuf » (18:25) — une référence possible à la différence entre le calendrier solaire (300 ans) et lunaire (309 ans).
Ces versets montrent que le temps n'est pas uniforme et que sa perception dépend du référentiel, une idée que la physique moderne a confirmée.
La perception subjective du temps
Au-delà de la physique, la psychologie a également confirmé que la perception du temps est subjective. Le temps semble passer plus vite avec l'âge, et les moments intenses ou traumatiques semblent s'étirer. Le Coran évoque cette perception subjective dans plusieurs versets : « Le jour où ils la verront, il leur semblera n'avoir demeuré qu'un soir ou un matin » (79:46).
Arguments des détracteurs
Cette convergence, bien que frappante, appelle plusieurs réserves qu'il convient de connaître pour prévenir la critique :
- Un verset d'abord eschatologique. Le contexte de 22:47 est celui du châtiment différé : les mécréants pressent le châtiment, et la réponse leur rappelle qu'un jour auprès d'Allah vaut mille ans de leur calcul. Certains exégètes y lisent avant tout une affirmation de la patience divine et de la relativité du temps humain devant Dieu, non une équation physique.
- Une lecture rétrospective. Le rapprochement avec la relativité d'Einstein n'apparaît qu'après 1905 ; on peut objecter qu'il s'agit d'une relecture du texte à la lumière d'une découverte postérieure, et non d'une information que le texte aurait transmise.
- Des ordres de grandeur non comparables. Les durées coraniques (mille ans, cinquante mille ans) ne sont pas des mesures physiques de dilatation temporelle : elles ne décrivent pas un référentiel en mouvement ni un champ gravitationnel, et ne peuvent donc pas être mises en équation avec la formule d'Einstein.
- Pour le croyant. Ces objections ne diminuent rien : elles rappellent seulement que le verset parle d'abord de la puissance d'Allah sur le temps. Le croyant y reconnaît que le temps, créé, n'est pas absolu — ce que la physique du XXe siècle a effectivement découvert.