Le récit coranique de la traversée de la mer par les Enfants d'Israël est l'un des épisodes les plus détaillés du Coran. Il ne se contente pas de mentionner un passage : il décrit la mer qui se fend, deux versants dressés, un chemin à sec, puis l'engloutissement de Pharaon et de ses armées.
Dans la sourate Ash-Shu'arâ' (26:63), Allah dit :
« Alors Nous révélâmes à Moïse : "Frappe la mer de ton bâton". Elle se fendit alors, et chaque versant fut comme une énorme montagne. »
La sourate Tâ-Hâ (20:77) précise la nature du passage :
« Et Nous révélâmes à Moïse : "Fais partir Mes serviteurs de nuit, et fraie-leur un chemin à sec dans la mer..." »
Le texte insiste donc sur deux éléments : un chemin à sec (يَبَسًا, yabasan) et des versants dressés comme des montagnes. Ce sont ces deux détails qui ont nourri une hypothèse de recherche géographique et océanographique.
L'hypothèse de Nuweiba
Une hypothèse, popularisée par des chercheurs et vulgarisateurs comme Ron Wyatt puis reprise et documentée par Lennart Möller dans The Exodus Case (2002), situe la traversée non pas au niveau du golfe de Suez, mais plus à l'est, au niveau de Nuweiba, sur la côte du golfe d'Aqaba.
L'argument principal est bathymétrique : entre Nuweiba et la côte saoudienne (région de Haql), le fond du golfe d'Aqaba présente un relief sous-marin en forme de pont, une bande relativement peu profonde (de l'ordre de plusieurs centaines de mètres) qui contraste avec les fosses profondes (plus de 1 000 m) qui l'encadrent de part et d'autre. Ce « pont sous-marin » relierait les deux rives sur plusieurs kilomètres.
À cela s'ajoutent des observations de surface : la présence, sur la rive égyptienne, de colonnes commémoratives (dont une colonne de granit portant une inscription attribuée par certains à Salomon), et sur la rive saoudienne, à Jebel al-Lawz, un ensemble de vestiges (autel, enclos de pierres, rocher fendu) que certains auteurs associent au mont Sinaï biblique et au campement des Israélites.
Ce que la science peut et ne peut pas dire
Il faut être précis sur le statut de ces éléments. La bathymétrie du golfe d'Aqaba est un fait mesurable : le relief en forme de pont existe bien et est documenté par les relevés marins. En revanche, aucune donnée scientifique ne permet d'affirmer qu'un vent ou un phénomène naturel a effectivement mis à sec ce passage à une date donnée, ni que la traversée coranique s'est produite précisément là.
L'hypothèse de Nuweiba reste donc une piste de recherche, non une démonstration. Elle a le mérite de proposer une localisation cohérente avec les détails du texte (un passage étroit entre deux rives, un chemin praticable, une profondeur moindre), mais elle repose sur une chaîne d'inférences où chaque maillon est discutable.