Le Coran énonce une règle économique d'une grande portée : l'interdiction de l'usure (riba). Dans la sourate Al-Baqarah (2:275-279), il déclare : « Allah a rendu licite le commerce et illicite l'usure » et « Si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux sans léser ni être lésés. » La sourate Al-Imran (3:130) ajoute : « Ô vous qui croyez ! Ne pratiquez pas l'usure en multipliant démesurément. »
Cette prohibition, révélée au VIIe siècle, est souvent présentée comme une simple règle religieuse. Or elle rejoint, sur le plan des principes, une critique économique moderne formulée avec force par l'économiste français Maurice Allais, prix Nobel d'économie 1988.
Maurice Allais (1911-2010), premier Français à recevoir le prix Nobel d'économie, a consacré une part majeure de son œuvre à l'analyse du taux d'intérêt, du crédit et de la monnaie. Dans son ouvrage majeur Économie et intérêt (1947), il distingue le taux d'intérêt de court terme, dépendant de la politique monétaire, du taux d'équilibre de long terme qui doit égaliser l'épargne et l'investissement.
Allais a dénoncé toute sa vie les dangers d'une économie financière déconnectée de l'économie réelle : l'instabilité monétaire, la spéculation, la création monétaire excessive par le crédit, et la préférence pour le profit financier immédiat au détriment de l'investissement productif. Il a plaidé pour une monnaie stable et pour un ancrage de l'économie dans la production réelle de biens et de services.
Cette critique rejoint, sur le plan des principes, la logique de l'interdiction coranique du riba : refuser que l'argent produise de l'argent sans création réelle de valeur, exiger que le profit soit adossé à un échange ou à un investissement tangible, et préserver la stabilité et la justice dans les relations économiques.
La finance islamique contemporaine, qui a connu un essor mondial depuis les années 1970, s'est construite précisément sur cette exigence : remplacer le prêt à intérêt par des mécanismes de partage des risques et de financement adossé à des actifs réels (moucharaka, moudaraba, ijara).
Note de prudence : Maurice Allais n'a jamais adhéré à la finance islamique ni fondé sa critique sur le Coran. Sa démarche est purement scientifique et laïque. La convergence ici est une convergence de principes — la critique de l'intérêt, l'ancrage dans l'économie réelle, la recherche de stabilité — et non une adhésion d'Allais à une vision religieuse. Il faut présenter cette convergence comme une illustration que des économistes laïcs de premier plan, par la seule raison, aboutissent à des conclusions proches de principes énoncés par le Coran il y a quatorze siècles, sans affirmer qu'Allais « confirme » le Coran.